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Qui raconte?


Fanny Borius, journaliste. Diplômée de l'IUT de journalisme de Bordeaux (2005-2007), aujourd'hui IJBA. 

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Vous êtes sur le blog de Fanny Borius, "Voir et raconter ".

Il s'agit ici de regarder le monde et de le raconter. Raconter la richesse de ces hommes, de ces vies, de manière forcément subjective mais le plus honnêtement qui soit. 
Vous avez à votre choix plusieurs destinations, plusieurs formes de reportages, plusieurs points de vues actualisés au fil des jours. Pour des voyages proches ou lointains, peu importe. Le principe est le même : rendre compte de ce qui se passe autour de soi au détour de la rue ou de l'autre côté du globe. 
Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser des commentaires.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur l'
Edito et sur Ma case départ.

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6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 16:46

 

(Cet article fait partie du dossier Cameroun)



La chute de la Metche se trouve à quelques kilomètres de Bafoussam (Ouest du Cameroun), dans le pays Bamiléké.
Un journaliste du quotidien national Le Messager m'a montré l'endroit. Au départ, j'étais venu le rencontrer pour l'affaire des listes d'homosexuels présumés publiées dans les journaux (voir Articles "L'homosexualité : un délit puni par la loi). Il m'en a parlé, longuement, puis il me propose de l'accompagner à une réunion pour la construction d'une bibliothèque dans une ville voisine. Je décide de le suivre. Sur la route, le soleil inonde le paysage. Il y a une trentaine de kilomètres à parcourir. A un moment, un panneau attire mon attention "Chute de la Metche". Je lui demande ce que c'est. Aussitôt, mon chauffeur du jour fait demi-tour et s'arrête sur le bas-côté à hauteur de ce panneau :

 

 metche1    

 

 

A droite de la route, un chemin nous y amène :

 

metche2


 

 

RETOUR PLUS DE 40 ANS EN ARRIERE

 



 

Chute de la Metche : Pour les étrangers, c'est un lieu touristique.
Mais pour les Camerounais, c'est un des haut-lieu bamiléké de mémoire des massacres perpétrés pendant la décolonisation (année 1950-60).
Aujourd'hui, c'est devenu un lieu de purification. Beaucoup croit en la sorcellerie. Ce sont surtout les femmes qui viennent pour se laver de possibles mauvais sorts jetés sur elle.

 

Revenons plus de 40 ans en arrière avec Roland Tsapi, journaliste au Messager de Bafoussam.

Un de ses articles, "La Metche : les chutes de la mort" résume bien ce pan de l'histoire. 

 

La Metche : C'est là que, dans les années 1950 et jusqu'en 1963, les opposants à la colonisation étaient exécutés ou plus exactement précipités du haut de la chute sur les rochers en contre-bas. Vous le voyez sur ces images, la mort était inévitable.

 

 metche6    metche7

 

metche8

 

 

Pendant des années, des milliers de Camerounais, avides d'indépendance, furent massacrés en ce lieu. Ils appartenaient à l'UPC, l'Union des Populations du Cameroun. L'UPC a été créée par Ruben Um Nyobé en 1948 pour l'indépendance de son pays. Ses militants avaient à leur tête Ernest Ouandié, qui trouvera la mort dans ce conflit.

On appelle aussi cette période de l'histoire camerounaise "le Maquis", symbole de la rébellion. Personne ne connaît précisément les chiffres des tués pendant cette période. 
Certains parlent de "300 à 400 000 tués", des chiffres qualifiés de "fantaisistes" par les historiens (cf. bibliographie plus bas). D'autres se rapprochent des 40 000. Pour Mongo Beti, célèbre écrivain camerounais, la fourchette se situe entre 60 000 et 400 000.

Le Cameroun sera officiellement indépendant le 1er janvier 1960.

 

Les propos du chef de la chefferie de Bamendjou (dont vous pouvez lire une première interview dans l'article sur les chefferies) recoupe ce témoignage de Roland Tsapi. Ce Fô a survécu à ce massacre. Il explique qu'un jour, un des militants s'est accroché à la ceinture de son bourreau et l'a entraîné dans sa chute. Depuis lors, ces exactions se sont arrêtées car la vie de ces bourreaux étaient mises en danger.


Le chef de Bamendjou aura donc la vie sauve, il
 témoigne aujourd'hui :

  
 

 


Vous avez fêté vos 50 ans de règne (sur la chefferie) il y a trois ans, qu’avez vous traversé pendant tout ce temps ?

Là c’est une histoire très longue parce que … à la veille de l’indépendance j’ai été beaucoup malmené a cause de mes opinions de mamanière de prendre position face à l’administration coloniale ce qui m’a valu 2 ans de résidence surveillé puis j'ai été interné dans beaucoup de prison de la République a cause de ma manière d’agir et de concevoir les choses. J’ai effectivement beaucoup souffert, beaucoup de mes amis sont morts. Dieu merci, je vis !

Qu’est ce qui gênait dans vos propos ?

L’administration coloniale voyait en moi un révolutionnaire. Mes propos ne correspondaient pas aux souhaits de l’administration coloniale. Quand il m’arrivait par exemple, devant un chef de subdivision, ou un chef de région, ou un commandant de brigade ou un capitaine de ceci cela, de lui dire ouvertement que malgré mon âge le Cameroun sera libre tôt ou tard, ça ne faisait pas plaisir.

Quels ont été les effets de la colonisation sur votre chefferie ?

On me considère toujours comme un révolutionnaire. Quand vous me parlez des effets de la colonisation, je peux dire qu’ils ont été très négatifs. C’est mon constat parce que j’y suis depuis 1953 jusqu’à nos jours. 
Négatifs pourquoi ? Parce que ce qu’on attendait n’a pas été fait. Déjà, je n’ai jamais été d’accord sur le mot « colonisation ». Le Cameroun, que ce soit sous protectorat allemand ou sous tutelle française, a été sous tutelle et non colonisé. Le Cameroun jusqu’à présent souffre parce que les pays colonisateurs ont voulu asseoir leur autorité c’est-à-dire qu’ils ont plutôt choisi de gérer leurs intérêts au lieu de développer le Cameroun.

 

Il y a encore beaucoup de zones d'ombres au sujet de cette décolonisation, que je ne suis pas en mesure d'éclaircir. Pour en savoir plus, voici quelques livres :

- Mongo Beti, Main basse sur le Cameroun. Autopsie d'une décolonisation (1972)

- Max Bardet (avec Nina Thellier), OK Cargo. Grasset (1988). Ce pilote d'hélicoptère français a oeuvré au Cameroun à cette époque.

- Richard A. Joseph, Le mouvement nationaliste au Cameroun : les origines sociales de l'UPC (1946-1958). Karthala.

- Stéphane Prévitali, Je me souviens de Ruben. Mon témoignage sur les maquis camerounais (1953-1970). Tropiques (1999).

 

Aujourd'hui, la chute de la Metche est un lieu de purification. Son eau est utilisée par les femmes surtout, mais pas seulement, pour ses prétendues vertus exorciste : d'après ces visiteurs qui croient en la sorcellerie, cette eau permettrait de conjurer un mauvais sort, de favoriser la fécondité, l'épanouissement personnel... Chaque jour, des dizaines de personnes se rendent à la chute de la Metche.

Il faut alors descendre les escaliers qui partent de la route. Le chemin qui mène à la chute est jalonné de petits tas mystérieux.
Ce sont des mélanges de terre, avec des noix de kola et autres graines, des morceaux de sucre, arrosés d'huile de palm.

 metche3    metche4

 

Cela crée une atmosphère mystique pour nous mener jusqu'à la chute. Là, le silence est absolument requis. Les hommes et les femmes se préparent à "rencontrer" les esprits.

 

metche10    metche9

 

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Published by Fanny - dans Reportages
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commentaires

Lauvia 14/09/2016 14:40

J'ai lu votre article (un résumé je suppose car je n'ai pas parcouru le blog) et vous remercie d'avoir bien voulu parler de mon Pays.
Ce que je déplore c'est le détachement avec lequel ce "résumé" est fait. Tel qu'il est écrit, le lecteur averti ne saura jamais qui est
appelé ici "bourreau" et qui "massacre" les nationalistes Camerounais.
Je pense qu'en tant que journaliste vous avez la possibilité de faire des recherches afin de renforcer votre article.
Si c'est bien connu que les "massacrés" sont des Camerounais il serait aussi bien de dire qui sont les bourreaux!!

Cordialement

Fanny Borius 14/09/2016 15:31

Bonjour,
Et merci pour votre commentaire. Vous avez raison, cet article n'est pas exhaustif, c'est pourquoi j'ai eu moi-même besoin de le renforcer, comme vous dites, pour mieux comprendre ce qui s'était passé á l'époque. J'ai, pour cela, rencontré en 2013 Louise Mekah, fille d'un des leaders indépendantistes camerounais, qui m'avait laissé plusieurs commentaires sur ce blog.
Voici l'article qui a résulté de notre rencontre : http://information.tv5monde.com/terriennes/louise-mekah-fille-de-l-independance-camerounaise-3070
Bien à vous et merci
Fanny

Mouen FOKOUINSE 06/11/2011 00:59


A la page 355 du livre KAMERUN paru en janvier de 2011, vous pourrez lire la confirmation de ce que je disais le 13/03/2011 sans avoir lu le livre. Comme au journaliste auteur de cet article,les
auteurs de ce livre ont en leur facon contribue a la restitution partielle de l`histoire du Cameroun censuree. Ce n`est qu`un debut et je dis merci en tant que la fille biologique de Monsieur FOSSI
Jacob qui sauva la vie a certains combattants de l`independance non acquise du KAMERUN en emmenant avec lui le commandant francais HOUTARDE, je vous dis merci pour vos travaux. De
mouenfokouinse@live.fr


Fanny 10/10/2012 23:56



Merci à vous pour votre précieux témoignage dans ces commentaires. 



Mouen FOKOUINSE 13/03/2011 18:56


Je confirme ce que vous dites de la chute de la Metche à propos des morts silencieuses. Je me permettrais de vous dire aussi que c'est la seule chute qui a pu briser le mur de silence imposé par
les chutes d'eau tombeaux. C'était des chutes innocentant les bourreaux des nationalistes Camerounais. Un brave homme avait choisi de ne pas mourrir seul en emmenant avec lui dans la chute son
bourreau.
Je me permettrais aussi de vous préciser que les mains et pieds des gens étaient liés pour s'assurer qu'il n'y aurait pas de survivant. Jusqu'en 1999, ce lieu n'avait pas les escaliers que vous
avez très bien filmés. La construction du barrière hydroélectrique était pour la diminution de la force qu'avait cette chute. C'est à partir de cette construction que l'on voit les pièrres dans
l'eau, alors que l'on ne pouvait voir que l'eau comme un lac à la difference que le bruit de la chute s'entendait. Merci pour ce beau travail. Il y a encore les descendants de ces tueries qui
souffrent en silence car personne n'ose parler de cette histoire de massacre au Cameroun dans les années 1950 à 1962. Que c'est dommage car, dans le subconscient il y a des souffrances qui
risqueront ne jamais connaître une fin. Combien des morts dans les differentes chutes d'eau durant cette periode? Pour avancer il faut connaître d'où l'on vient afin de tourner la page. Nous
n'aurons jamais les corps de ces tués dans les chutes d'eau, que l'histoire soit au moins connue afin que les concernés en fasse de cela les corps qu'ils n'ont pas eus et qu'ils n'auront jamais.
Merci pour votre séjour au Cameroun et pour votre travail. Merci et Merci .


Une personne anonyme 13/03/2011 18:07


Quel voyage dans l'espace à travers ces images que vous nous faites voir sur le Cameroun, je ne peux que vous dire merci. Cela permettra à certains jeunes camerounais de connaître d'une manière ou
d'une autre l'histoire de leur pays que la censure a empeché de connaître. Je suis une descendante directement de ces hommes morts pour l'honneur de leur pays. Les temoignages concordent et peux
dire aujourd'hui à mes enfants avec fierté que leur grand-père, mon papa était mort en héros en suivant la vie des autres car, emmenant avec lui son bourreau. Merci encore pour ce beau travail,
pour votre contribution à l'histoire cachée de mon pays, de mon père, de ma famille. L'histoire commune aux Bamilékés et autres patriotes camerounais.


Anonyme 13/03/2011 17:57


Je suis la fille de ce Monsieur qui le 09/05/1957 entraina avec lui dans la chute de la Metche le commandant colonisateur qui jetait sans état d'âme les gens vivants dans la chute. C'est en juin
1956, qu'on enleva mon père de chez lui devant ses femmes et enfants pour l'emprisonner d'abord à Dschang puis aller le tuer à la chute de la Metche.


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