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Qui raconte?


Fanny Borius, journaliste. Diplômée de l'IUT de journalisme de Bordeaux (2005-2007), aujourd'hui IJBA. 

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Vous êtes sur le blog de Fanny Borius, "Voir et raconter ".

Il s'agit ici de regarder le monde et de le raconter. Raconter la richesse de ces hommes, de ces vies, de manière forcément subjective mais le plus honnêtement qui soit. 
Vous avez à votre choix plusieurs destinations, plusieurs formes de reportages, plusieurs points de vues actualisés au fil des jours. Pour des voyages proches ou lointains, peu importe. Le principe est le même : rendre compte de ce qui se passe autour de soi au détour de la rue ou de l'autre côté du globe. 
Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser des commentaires.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur l'
Edito et sur Ma case départ.

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25 octobre 2007 4 25 /10 /octobre /2007 13:33

CLAUDE NJIKÉ-BERGERET : LIBRE COMME L'AIR

 

 

Février 2006. Nous sommes à Bangangté, troisième ville du pays, tout près de Bafoussam (ouest du Cameroun, dans le pays Bamiléké). Il est 14h à la « La pharmacie de l’espoir », son QG. L’interview se fait au milieu des médicaments parmi le va-et-vient des clients, curieux d’écouter l’histoire de cette femme qu’ils connaissent tous, au moins de nom. Rencontre.

 

 

CNB

        

Claude Njiké-Bergeret, 64 ans, est née à Douala au Cameroun de parents français. A 13 ans, elle les suit pour le sud de la France. Deux enfants et un divorce plus tard, elle part retrouver ses racines africaines. Elle ne les a plus quittées depuis.

Une tignasse blanche aux cheveux fins. Une peau claire brûlée par le soleil. Des yeux bleus. Malgré ces apparences, Claude Njiké-Bergeret est, pour ses amis Bamilékés, « une vraie Camerounaise, elle est comme nous, elle parle notre langue ». Les Camerounais lui ont donné le surnom de « Reine Blanche » après son mariage avec un chef polygame, avec qui elle a eu deux autres enfants. C’était il y a près de trente ans. Elle a vécu longtemps dans la chefferie, avec les 40 co-épouses du chef. A la mort de son mari, elle s’est installée en brousse, au bord du fleuve Noun. C’est là qu’elle vit depuis 23 ans avec trois de ses enfants (sa fille, la dernière, vit en France) entre culture de sa terre, vente de sa récolte au marché, écriture de livres, échanges avec l’autre.

 

 

 

 

 

 


INTERVIEW

 

- Cela fait des années que vous vivez au Cameroun, quelle importance représente cette vie ici aujourd’hui ?
- L’importance qu'au Cameroun, on peut être encore soi-même, on peut avoir une liberté individuelle, on peut vivre en dehors des clichés et c’est ça qui me permet de vivre au-delà de ce que j’ai pu imaginer. Au Cameroun, je peux vivre dans la nature, à son contact, avec ses dangers, avec cet infini.

- De quel infini parlez-vous ?
- Depuis 22 ans que je vis dans la brousse africaine [45 ans en tout au Cameroun], je la découvre chaque jour tout en restant au même endroit. Quelqu’un qui survole un paysage ne peut pas imaginer ce qu’on peut découvrir au contact de ce qui est notre seul milieu naturel. Partout ailleurs, nous sommes sous perfusion, nous ne sommes pas dans notre élément naturel. Là où vivent les citadins, je crois que personne ne peut comprendre ce que je ressens, ce que je découvre, même à travers les livres que j’écris.

- Vous êtes tous les jours en contact avec cette nature, c’est ça les éléments naturels ?
- Un poisson peut vivre dans un aquarium, mais il ne connaîtra rien de son milieu naturel. Voilà, je ne suis pas dans l’aquarium des villes, je suis dans mon élément naturel et je pense que c’est pour ça que nous sommes programmés, pas seulement moi, tout le monde. Parce que même quand on va sur la lune, on mange toujours ce qui vient de la Terre.

- Est-ce que vous pensez que cette vie ici aurait pu se passer dans un autre pays ?
- Je pense que même en France, plein de gens essayent de vivre comme moi, c’est beaucoup plus difficile parce qu’il y a une pagaille de lois, ça doit être un foutoir, il faut des permis pour construire, pour exploiter la terre. En France, on n’exécute pas un labeur, on l’exploite pour s’enrichir et il faut de l’argent pour vivre dans une société qui dénigre la nature sur tous les plans et pourtant cette société ne pourrait pas vivre sans la nature.

- Mais vous-même n’êtes pas totalement libre. Je vous vois boire du coca-cola…
- Je ne supporte pas la vie industrielle mais je la vis. J’ai un 4X4. Je refuse l’empire Coca-Cola mais j’aime ça alors je le bois. Je suis dans le bateau. On n’arrête pas une locomotive en marche. Mais l’important est que si on me prend tout, il ne me manquera rien. Ce qui compte, c’est toi, ton intérieur.

- Vous avez 63 ans, vous pensez vivre tout le temps comme ça ?
- Le chemin est personnel, il faut avoir du courage pour le trouver. Penser que tout est possible. Moi, je pense que tout est devant, je n’ai encore rien fait.

Fanny Borius

 

 

 

 

Lire son premier ouvrage Ma passion africaine, Claude Njiké-Bergeret, éditions Jean-Claude Lattès (1997)

Lire La sagesse de mon village (2000)

Actualisation 02/2009: Claude Njiké-Bergeret vient de publier son troisième ouvrage : Agis d'un seul coeur, JCLattès (2009) 

 

Après cette rencontre à Bangangté, Claude Njiké-Bergeret m’a proposée d’aller sur ses terres où ses fils pouvaient m’accueillir. L’un fabrique des guitares qu’il vend sur le marché, l’autre aide à la récolte. Pendant qu’elle se dirigeait vers le marché pour vendre ses denrées, je suis donc allée avec un ami camerounais vers les bords du fleuve Noun où elle a élu domicile il y a plusieurs années. Il a fallu emprunter une piste (route de terre) pendant près de deux heures. Pour me repérer, j’avais avec moi la photocopie de la première page de son ouvrage (Ma passion africaine) sur laquelle la Reine Blanche a dessiné le plan de son lieu de vie.


« J’habite à une heure de piste de Bangangté, au dernier poteau électrique » nous avait-elle dit. La piste, c’est cette route de terre pleine de trous qui empêchent de rouler à plus de trente kilomètres par heure. Pendant le trajet, on rencontre quelques personnes qui marchent le long de la piste, un régiment de bananes sur la tête. Quand nous ne sommes plus trop sûrs du chemin, nous demandons où habite la « Reine blanche » ou la « femme blanche », tout le monde la connaît.


Au dernier poteau électrique donc. Oui, car Claude Njiké-Bergeret a l’électricité depuis peu. Une petite maison en terre, une case en bambou. Nous sommes arrivés. Il y a beaucoup de monde ici. Les trois fils de Claude : Serge et Laurent, qu’elle a eu avec son mari en France, et Rodolphe, le fils du chef. Nous sommes aussitôt accueillis. Ils ont l’air d’être habitués aux visites impromptues. On emprunte un long chemin de terre, de part et d’autre des plantations : pastèques, ananas, arachides, tomates, … Elles s’étendent sur plusieurs hectares. Les fils nous font la visite.

Voici quelques photos, pas de très bonnes qualités, j’en suis désolée :

 

Case CNB Intérieur case 1 CNB Intérieur case 2 CNB

La case de Claude Njiké-Bergeret. C'est là qu'elle rédige ses ouvrages. 
Depuis peu, elle a l'electricité.


 

Fils CNB 

Un de ses fils devant le fleuve Noun.

Champ CNB Pasteque CNB

Un champ de récolte. Cette pastèque sera vendue au marché de Bangangté.

 

 

Voici la suite de l'interview. Claude-Njiké-Bergeret y parle de ses raisons qui l'ont poussée à revenir au Cameroun et à s'y installer, de sa vie ici, en brousse, de sa famille...
 


Interview exhaustive :

 

 

- Ce qui ressort de ton ouvrage c’est que tu es revenue au Cameroun parce que tu te sentais plus camerounaise que française, c’est ça ?
- Oui, enfin je sais pas si tu as lu l’ouvrage, mais c’est un peu le hasard qui m’a fait revenir ici. Je ne venais pas pour rester, je venais juste pour passer un certain temps et revoir là où j’avais grandi parce que je voyais les choses différemment des gens de ma génération qui n’avaient vécu qu’en France. Donc je revenais un peu aux sources pour voir où j’avais grandi mais je n’ai jamais pensé que je resterai ici.

 

- Comment fait-on pour s’adapter à cette nouvelle vie ici qui est très différente de l’Occident ?
- Non, moi j’ai grandi ici jusqu’à l’âge de 13 ans donc j’ai pas eu besoin de m’adapter. Au contraire, c’est ici que j’ai découvert la vie tout court, donc j’ai retrouvé mes racines. Il ne m’a pas fallu un effort. Cela s’est fait naturellement.

 

- Comment ça s’est passé ? Il y a eu une intégration non, où vous vous êtes tout de suite sentie chez vous ?
- Je te renvois au livre que j’ai écrit. Puisque je l’ai écrit il faut que ça serve à quelque chose. Donc, en 15 jours, j’ai reparlé complètement la langue que j’avais appris ici dans mon enfance.

 

 

- Et par rapport aux autres, aux femmes, aux autres Camerounais en fait. Comment ça s’est passé pour eux de vous voir revenir ici?
- J'ai retrouvé beaucoup d’amis d’enfance donc c’était une joie de se retrouver. Et puis il n' y avait pas de point d’interrogation, tout le monde trouvait naturel que je sois revenue.


- Ca a été facile en fait pour vous ?
- Oui, complètement. Sans aucun problème, je me sentais tout à fait chez moi.

 

- Dans votre livre, vous racontez quand même des périodes difficiles que vous avez traversées, par exemple quand le chef vous bat. Dans ces cas là, comment faisiez-vous pour tenir ?
- Et bien c’était beaucoup plus facile à mon avis de supporter ces mauvais traitements disons, dus à l’alcoolisme, c’était plus facile que si j’avais été seule avec cet homme. Comme j’avais d’autres co-épouses et que tout se passait au milieu de tout le monde, on relativisait beaucoup plus.

 

- C’est ça, en fait vous êtes restée parce que vous étiez tombée amoureuse d’un chef mais aussi grâce à l’amour des femmes et des enfants ?
- C’est l’amour des femmes, des enfants et du village dans lequel j’avais grandi qui ont fait que je puisse m’intégrer plus facilement à la chefferie. Mais, c’est pas … enfin je crois que c’est plutôt ... l’amour pour un homme, pour le chef, a été le point sur le i . Mais finalement j’avais de toute façon envie de rester. … Je ne sais pas comment cela se serait passé si je n'étais pas tombée amoureuse du chef mais c’était un ensemble qui m’a fait rester. J’ai vu que je pouvais, que j’aimerai la vie que je ménerai ici.
 

- Dans votre ouvrage vous parlez également du rejet de votre famille par rapport à cette nouvelle vie, ils n'y croient pas en fait à cet amour là ?
- Ils n’y croient pas et ils ne comprennent pas et surtout, ils ne veulent pas comprendre parce que c’est un petit peu une négation de tout ce qu’ils avaient vécu.

 

- Parce que pour eux, leur installation au Cameroun était une parenthèse en fait ?
- Non, leur installation au Cameroun était pour transformer des gens d’une certaine façon. D’abord les ouvrir à la civilisation industrielle et ensuite les convertir au christianisme. Or, en allant à la chefferie, je faisais juste la démarche inverse. Pour ça, ils ne pouvaient pas faire l’effort de comprendre je crois.

 

- Je suis allée visiter la chefferie de Bafoussam avant-hier, donc je vois un peu comment est organisée une chefferie, tous les rites, les croyances qu’il y a autour, comment avez-vous vécu avec ça, vous dîtes que parfois vous avez du mal à comprendre…
- Non, j’ai dit au contraire que je comprends mais que je ne pratique rien. Je peux comprendre ce qu’on fait, je peux comprendre pourquoi on le fait mais moi je ne le pratique pas parce que ce ne sont pas des gestes qui me sont naturels. J’ai quand même eu une autre éducation, à laquelle j’ai cru. Et tout le monde m’a acceptée sans avoir à participer à ces rites. J’ai participé à certains rites collectifs quand tout le monde devait le faire oui, pour ne pas me sortir de mon foyer mais sinon, je ne croyais pas forcément à ces rites là. Pour moi ils ne représentaient rien. J’aurais eu l’impression d’imiter et quand on imite, ça ne vient pas du fond du cœur, ça ne m’était pas naturel. Donc je ne l’ai pas fait.

 

- Comment se passe ici la vie quotidienne, c’est dur ?
- Je ne vis pas à Bangangté, je vis en pleine brousse. Je suis en train d’écrire un 3
ème livre sur ce que je vis actuellement, c’est le témoignage d’une vie en Afrique. Il y en a des millions d’Afrique, chaque cas est particulier puisque on n’a pas encore réussi à uniformiser la vie comme on l’a uniformisé en Europe. Il y a encore énormément de cas particulier et mon cas particulier, c’est ça que je veux partager avec les autres dans mon 3ème livre.

 

- Quelle trace voulez-vous laisser ici au peuple camerounais ?
- non, je ne veux laisser aucune trace. Après ma mort ? Alors après ma mort le déluge hein ! Je m’en fiche de la trace qui va rester. Si tenté qu’il en reste une parce que finalement au bout du compte, quel que soit ce qu’on est, on ne laisse pas beaucoup de trace et d’ailleurs c’est normal. On vit d’abord pour soi-même, et on a peut être quelque chose à réaliser dans un plan d’ensemble, … je ne sais pas je ne peux pas l’affirmer. En tout cas, on ne vit pas pour laisser des traces, on vit pour se connaître soi-même, pour aller au bout de soi-même, pour se découvrir soi-même mais on vit pas pour laisser des traces.

 

- Oui mais vous savez que beaucoup de monde vous connaît ici, même de nom, sans vous avoir vu, beaucoup de monde sait qui vous êtes et connaît votre histoire...
- Oui, je sais, je suis bien placée pour le savoir parce que je reçois beaucoup de gens chez moi, des gens du monde entier, et puis je sais le nombre d’émissions de télévision ou de radio que j’ai faites. Normalement, beaucoup de gens ont entendu parler de moi mais… tout ça ce sont des paroles. Même mes livres, je ne crois pas tellement qu’ils puissent toucher vraiment les gens parce qu'il faut le vivre pour comprendre On ne peut comprendre que selon les expériences qu’on a faites. A travers des mots, chacun perçoit des choses différentes. 
Protestante, fille de missionnaires, partie vivre dans une chefferie où on pratique la polygamie. C’est ça qui frappe mais finalement, combien de gens me connaissent vraiment? Je ne crois pas qu’à travers mes livres, j’ai pu faire comprendre ce que je ressens, ce que j’ai vécu et l’importance que représente pour moi ma vie au Cameroun.

 

- Quelle importance elle a ?
- L’importance que au Cameroun, on peut être encore soi-même, on peut avoir une liberté individuelle, on peut vivre en dehors des clichés et c’est ça qui me permet de vivre au delà de ce que j’ai pu imaginer. Aussi bien sur le plan physique, que intellectuel, que spirituel. Au Cameroun, je peux vivre dans la nature, à son contact, avec ses dangers, avec cet infini que aucun homme ne pourra connaître dans cette vie naturelle. On lance un coup d’œil sur un paysage et on pense qu’on le comprend alors qu’en réalité, depuis 22 ans, que je vis en brousse... en brousse ! pas au Cameroun parce que au Cameroun ça fait 45 ans. Depuis 22 ans que je vis dans la brousse africaine, je la découvre chaque jour tout en restant au même endroit. Donc quelqu’un qui survole un paysage ne peut pas imaginer ce qu’on peut découvrir au contact de ce qui est notre seul milieu naturel. Partout ailleurs, nous sommes sous perfusion parce que c’est la nature qui continue à nous nourrir mais nous ne sommes pas dans notre élément naturel. De là où vivent les citadins, je crois que personne ne peut comprendre ce que je ressens.

 

- Vous êtes tous les jours en contact avec cette nature, c’est ça les éléments naturels ?
- Je ne suis pas en contact. Un poisson peut vivre dans un aquarium, mais il ne connaîtra rien de son milieu naturel. Voilà, je ne suis pas dans l’aquarium des villes, je suis dans mon élément naturel et je pense que c’est pour ça que nous sommes programmés, pas seulement moi mais nous sommes programmés pour ça parce que même quand on va sur la lune, on mange toujours ce qui vient de la Terre. C’est cette vie dans mon élément naturel qui m’enthousiasme, qui me fait me découvrir chaque jour, en même temps que je découvre mon milieu naturel.

 

- Qu’est ce que vous découvrez de différent chaque jour ? C’est étonnant d’entendre ça…
- Ah oui mais il faut le vivre pour le comprendre. Je ne peux pas le dire en quelques mots. Mais je pense que tous les gens qui vivent en ville ne savent pas ce qu’ils perdent.

 

- Comment se passent vos journées ? Vous vous levez tôt… ?
- Ah, en général, je me lève très tôt et je me couche tôt ou tard ça c’est selon les jours mais d’ailleurs même me réveiller c’est selon les jours aussi car ce que j’aime avant tout dans ma vie c’est qu’il n’y a rien de vraiment organisé. En me levant le matin, je fais ce que j’ai envie.

 

- Mais vous savez quand même que vous devez aller sur vos terres pour cultiver ?
- Non parce que je ne vis pas seule et je pense que même si je ne vais pas travailler, je ne vais pas mourir de faim. Même ça je ne suis pas obligée, je le fais vraiment par passion. J’organise ce travail très vaguement, du moins c’est une complicité avec la nature. On donne une impulsion et après c’est la nature qui continue alors je dois penser à donner cette impulsion pour prévoir peut être dans un an que je vais récolter telles choses. Je m’enrichis en même temps que je la transforme.

 

- Est-ce que vous pensez que votre vie ici aurait pu se passer dans un autres pays ?
- Je pense que même en France, plein de gens essayent de vivre comme moi, c’est beaucoup plus difficile parce qu’il y a une pagaille de lois, ça doit être un foutoir, il faut des permis pour construire, pour exploiter la terre : on n'exécute pas un labeur, on l’exploite pour s’enrichir et il faut de l’argent pour vivre dans une société qui dénigre la nature sur tous les plans. Pourtant cette société ne pourrait pas vivre sans la nature. Maintenant, on arrive à une situation paradoxale où on coupe la branche sur laquelle on est assis.

 

- Vous ne voyagez pas ?
- Non ça ne me dit rien. Si j’ai besoin d’aller à Douala, Yaoundé, j’y vais je n'ai pas peur de voyager. Si je dois aller en France pour la promotion de mes livres j’y vais aussi. Ce sont des échanges. Par les questions que tu me poses, je mets au clair certaines idées pour te les transmettre dont toi aussi tu m’apprends quelque chose.

 

- Ta famille vient te voir ?
- Non, ma famille ne vient pas du tout me voir. Mais quand je vais en France, je prends contact avec elle.
 

- Et tes enfants ?
- Alors, il y en a 3 qui sont avec moi. Et ma fille est encore en France, elle est ingénieure agronome. Elle cherche du travail. Elle pense de toute façon rentrer au Cameroun mais elle ne sait pas encore quand. Mon premier fils fait des guitares, qu’il vend. Mon deuxième fait des cultures maraîchères et le troisième fait de la pêche il a aussi des plantations, il fait ses pirogues lui-même pour aller pêcher sur le Noun et il fait un peu de tout, il sait d’ailleurs tout faire. J'ai aussi 2 petites-enfants, des petits garçons.
 

- Tu as réussi à …
- Je n'ai pas réussi c’est eux qui sont venu me trouver. Mes 2 enfants français sont venus d’eux-mêmes à leur majorité et mon plus jeune fils a passé 4 ans en France mais il est rentré de lui-même. De temps en temps à ma fille, je lui dit "mais enfin qu’est ce que tu fous en France?" mais elle ne rentre pas donc ce n'est pas moi qui les influence.
 

- J’avais des questions qui me semblent inutiles maintenant comme "est ce que vous avez le mal du pays?" mais non puisque c’est le Cameroun ton pays …
- Non parce que quand je suis en France je me sens tout à fait bien aussi. Je ne saurais pas quoi faire de la nature française parce que je n'ai pas grandi dedans, j’ai tout le temps était en ville en France mais à part ça je connais tous les codes pour vivre dans un milieu citadin.

 

- Ta maison c’est comme toutes les maison qu’on voit ici ?
- Non, pas du tout. Il aurait mieux valu que tu la vois. J’habite une maison en paille et j’ai longtemps habité dans une maison en brique de terre mais à l’origine c’était mes greniers, mes magasins pour les récoltes et je voulais me construire une maison genre vieille ferme européenne mais je n'ai pas eu encore les moyens de le faire. Entre temps, je me suis fait construire une maison traditionnelle du Nord, en paille, bambou et piqué. C’est là que j’habite depuis 3 ans.
 

- Tu gagnes de l’argent, tu vends ce que tu récoltes
- Je vends ce que je récolte. Je vais aller au marché tout à l’heure. Sinon mes livres m’ont rapporté de l’argent aussi mais je n’en ai rien fait de cet argent là. J’ai aidé d’autres personnes. Tout est parti comme ça.
 

- Tu essaies de te débrouiller comme tous ces gens qui transportent des choses à vendre sur leur tête ?
- Oui, j’essaie de me débrouiller. Ben oui, je vois pas pourquoi quelqu’un d’autre organiserait ma vie. En tout cas, un travail salarié, je ne peux pas supporter. Comme disait un Camerounais, « plutôt que d’avoir un salaire je préfère ne rien faire ».
 

- C’est l’autorité qui ne vous plaît pas ?
- Pas du tout. C’est parce que je vois pas pourquoi pour de l’argent on va me faire faire ce que …. Enfin c’est le travail de quelqu’un d’autre quoi, ce n'est pas mon travail. Je dépends complètement de quelqu’un, de ses ordres et non, je veux me réaliser moi-même. Comme je suis et avec mon tempérament, mon histoire, mes gènes, enfin tout.
 

- Tes ouvrages tu les écris là bas, chez toi, dans ta cabane en paille ?

- Oui. J’écris à la main et puis j’emprunte un ordinateur pour retaper mon texte et l’envoyer à mon éditeur.


Fanny Borius


INTERVIEW RÉALISÉE EN FÉVRIER 2006







 

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Published by Fanny - dans Portraits
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commentaires

mamali 22/03/2014 12:23

Bonjour,
.Savez vous comment trouver le film "la reine blanche" racontant la vie de Claude Njike ?
merci d'avance

E&L

Fanny 22/03/2014 16:38

Bonjour, je n'ai pas connaissance d'un film sur Claude Njiké-Bergeret. En revanche, je sais qu'Envoyé Spécial avait fait un reportage sur elle il y a qqs années, et plus récemment, l'émission "Echappées Belles" sur France 5 était allée la voir chez elle à Bangangté, en voici un extrait : http://www.epinett.com/etubes/videos/4576/la-vie-au-cameroun-rencontre-avec-claude-njike-bergeret

Yolande . 04/07/2013 12:22

je suis ravie de cette d'histoire.

Fanny 08/07/2013 16:09

Merci ! Je suis allée la revoir en 2011, 5 ans après cette interview. Si vous le souhaitez, long article sur son histoire et sa vie aujourd'hui à lire ici : http://fannyborius.over-blog.com/article-claude-njike-bergeret-la-reine-blanche-du-cameroun-98314917.html

bethnja wagner eliane 11/04/2010 13:11


je suis moi meme avc dagobert mn cameroune adore et je serais vraiment heureuse d avoir de vos nouvelles ns allons faire les funerailles de sa maman l annee prochaine et j aimerais tellement que vs
et claude y participe ns vivons a cote de strasbourg (eliottedu67@hotmail.fr) et (daben522@hotmail.com)ns avons 1 maison a douala pr vs accueillir avc plaisir gros bizous a ts


Capony 19/08/2009 18:21

Bonjour,

Je suis actuellement à la recherche de jeunes princes, rois, ou chefs camerounais en vue de portraits documentaires.
Je vois que vous avez voyagé au Cameroun et que vous avez rencontré pas mal de personnes. Avez-vous des contacts sur place?
Toute information sera la bienvenue!!
Merci pour votre aide!
Laura
capony@coyote.fr

Armel Kamga 01/05/2009 10:25

Merci bien Fanny. Bien que camerounais, je découvre que bien de réalités m'échapent. courage!

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