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Qui raconte?


Fanny Borius, journaliste. Diplômée de l'IUT de journalisme de Bordeaux (2005-2007), aujourd'hui IJBA. 

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Il s'agit ici de regarder le monde et de le raconter. Raconter la richesse de ces hommes, de ces vies, de manière forcément subjective mais le plus honnêtement qui soit. 
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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 13:58

Publié dans Terre Sauvage, n°278, Janvier 2012

   TS guadeloupe

 

PRESQU’ÎLE DE BASSE-TERRE, SUR LE LITTORAL DE TROIS-RIVIERES

GUSTAVE PARKING, de son vrai nom Pierre Le Bras, humoriste engagé dans la protection de l’environnement, emprunte avec nous le sentier de Trois-Rivières, pour une découverte de la côte-au-vent de la Basse-Terre. 

gustave-parkingLa côte-au-vent, sur la presqu’île de Basse-Terre, est baignée de lumière. Elle s’étend de Petit-Bourg à Vieux-Fort, tout au sud, et passe par Trois-Rivières. Ici, les contrastes de lumières sont saisissants : au bleu saturé du ciel et de la mer, répond le vert émeraude de la forêt qui la borde. A dix kilomètres au large, soit 7 milles nautiques environ, les Saintes, qui composent le riche archipel guadeloupéen - sept îles-, disparaissent derrière l’épaisse brume de sable venu du Sahara. Ce paysage idyllique pourrait faire  oublier le poids historique du lieu si l’on n’empruntait le sentier de la Grande Pointe, une trace de 3 km sur le littoral Atlantique, ouverte en 1996. Il faut s’imaginer les bateaux anglais au large de cette pointe stratégique, très avancée sur la mer, prêts à prendre possession de l’île au XVIIIe siècle, ou le sort de ces milliers d’esclaves rompus au travail de la canne à sucre. Au nord de ce sentier, nous avons rendez-vous avec Gustave Parking. Nous rejoignent Patrice Segrétier –garde-moniteur au Parc National de Guadeloupe – et Félix Lurel - botaniste-. 

« Celui qui dit qu’il a tout vu, c’est qu’il n’a pas bien regardé », aime à répéterbalade-à-3 Gustave Parking, cet humoriste globe-trotter est tombé amoureux de la Guadeloupe où il vit depuis 6 ans. Tentons de bien regarder, donc. Il faut commencer par descendre le sentier le long de la falaise au cœur de la forêt mésophile. Le figuier maudit – citripholia- ouvre la randonnée. L’arbre à pain et le mapou rouge aussi appelé Sébestier, qui donne de petites prunes blanches, lui emboîtent le pas.

Ces végétaux proviennent d’anciens jardins que nous traversons. Ici, « l’influence humaine est très visible », explique Félix Lurel, qui nous fait observer toutes sortes de plantes aux vertus médicinales comme cette herbe « mal-tête »  grasse, utilisée pour calmer les migraines. Pendant ce temps, Patrice Segrétier se porte volontaire pour une démonstration de tatouages. Il vient de repérer la bruyère Calomélas caractérisée par la poudre orange sous ses feuilles, il la retourne et la presse sur sa cuisse pour imprimer la silhouette. Une belle manière de se fondre dans cette nature toujours plus étonnante au fur et à mesure de notre progression.

 

Très vite, nous arrivons sur la côte et découvrons une végétation desséchée par le vent comme ce poirier en anémomorphose et les raisiniers également sculptés par les alizés. Les roches laviques, tout droit venues de la Madeleine, qui fait partie du massif volcanique de la Soufrière, sont rongées par l’érosion provoquée par les vagues. Si vous venez jusqu’ici, vous pourriez avoir cette étrange impression que la lave vient tout juste de sécher. « Levez la tête !», s’exclame Patrice Segrétier. Trois oiseaux noirs, aux longues ailes et au bec crochu, font du surplace dans les airs. Ce sont des frégates, connues pour leur capacité à voler plusieurs heures sans poser la patte à terre. De mauvaise augure ? Quelques secondes après, le ciel tombe sur nous. Une averse typique de la saison des pluies : violente mais heureusement courte. Félix Lurel se réfugie sous une roche. Patrice Segrétier part en courant vers un abri qu’il dit connaître. Avec Gustave Parking, nous nous abritons sous la végétation pour ne pas être trempés jusqu’aux os. « En Guadeloupe, on peut se coucher où on veut, rassure Gustave. Il n’y a pas d’animal mortel ». Attention tout de même à la scolopendre, de la famille des mille-pattes, dont la morsure est très douloureuse. 

 

 

Après ce dispersement involontaire, nous retrouvons Patrice Segrétier 200 m plus loin, à la Grande Pointe. Deux canons abrités par un mur de pierre témoignent de l’ancienne batterie qui, au XVIIIe siècle, faisait face au canal des Saintes afin de protéger l’île-papillon – l’autre nom de la Guadeloupe - des convoitises anglaises. « Les soldats communiquaient avec les Saintes grâce à un système de drapeaux. S’il était rouge, cela voulait dire que des bateaux arrivaient », explique Patrice. L’édifice servait aussi à protéger le Réduit, ce refuge en amont prévu pour la population en cas d’attaque.

 

A quelques mètres de là, dans le sous-bois, se dresse la poudrière, spectaculairement bien conservée : tout en pierre, toit à encorbellement y compris. «  C’est la maison d’un des 3 petits cochons, s’amuse Gustave, la plus solide ! ». Alimentée par la route de la Coulisse, elle servait au stockage de munitions. « Il y a des couleuvres dans le coin ? », poursuit-il. « Il y en avait », répond Patrice, la mine triste. Les alsophis antillensis, endémiques et protégées, ont « quasiment disparu du fait des pesticides utilisés dans les bananeraies et des mangoustes. J’en ai vu deux en 10 ans ». Félix, lui, s’attarde sur une feuille bien particulière, celle de l’arbuste Noni. En bon écolier, Gustave réagit : « Cette plante pue le camembert pourri. Ca vient d’Océanie, j’en ai chez moi ». « Il connaît bien ! », répond le ‘professeur’ Lurel, qui ajoute : « Il y a eu des polémiques autour de cette plante car un vrai business s’est créé autour. C’est un antioxydant ». Gustave ne peut s’empêcher : « Les Talibans aussi sont anti-Occident. Et ils sont antisceptiques tellement ils sont croyants ». La petite troupe que nous formons rit de bon cœur. Puis nous poursuivons la marche dans le sous-bois, au cœur d’une végétation luxuriante. Débordant d’enthousiasme, Félix nous présente le palmier glou-glou – Acrocomia aculeata- ou Coco à Diable, une espèce rare et menacée en Guadeloupe, facile à identifier grâce à ses épines, des racines au sommet. « Le créole est une langue imagée », prévient-il, comme pour justifier ces appellations. Un figuier, pas maudit celui-là, vaut le détour avec ses racines dites « traçantes »  qui peuvent êtres longues de plus de 20 mètres. Attention où vous mettez les pieds ! Quelques mètres plus loin, alors que l’on entend les vagues cogner contre le rivage, Gustave Parking nous déconseille d’approcher davantage. Devant nous se dresse le mancenillier, un arbre pas si accueillant qu’il en a l’air. « Sa sève est extrêmement toxique, tout comme ses fruits », prévient Gustave. « Ca peut te causer des réactions allergiques comme des brûlures très douloureuses. Quand il pleut, il vaut mieux ne pas s’asseoir en dessous ! ». Nous le contournons donc avec précaution. Puis Gustave nous met au défi devant cette termitière dont il gobe un des insectes : « Allez-y, goûtez ! Ca a un goût de menthe poivrée ». Pas convaincus, Félix et Patrice le regardent les yeux ronds. Ils lui préfèrent le spectacle de cette colonie de fourmis portant des bouts de feuilles. « Ce sont des fourmis-manioc. On les appelle aussi les champignonnistes », explique Félix, intarissable. Avec leurs puissantes mandibules, elles tranchent les feuilles les plus épaisses et les utilisent comme support pour la culture du champignon. « Tu imagines !, s’emporte Gustave Parking. Elles portent le quintuple de leur poids. C’est comme si nous on se baladait avec une planche de contre-plaqué sur le dos ».

Cette forêt mésophile que nous traversons agit comme un rideau nous séparant de la mer. Autour de nous, les cris des oiseaux qui se cachent dans la végétation redoublent : grives, colibris, sucriers. A nos pieds se meut tout une faune aquatique : crabes ciriques, qui partent se terrer dans leur trou à notre arrivée, ou ce gros Bernard l’Hermite croisé juste devant l’anse Ravabotte. Des éboulis de pierres sont pratiquement recouverts par la végétation. « Ici, on cultivait la canne à sucre. Cela peut donc être d’anciennes cases d’esclaves », réfléchit Patrice Segrétier. Un moulin à vent, le seul encore debout en Basse-Terre, est tout près. Seules les fondations en pierre, haute de 7 ou 8 mètres, sont encore visibles. « Il ne fallait pas entrer à l’intérieur ! », me lance Patrice Segrétier alors que je redescends les trois marches de l’édifice. « L’accès au moulin est interdit aux femmes. L’endroit était synonyme de douleur et de souffrance. Les esclaves travaillaient jusqu’à l’épuisement pour extraire le sucre de la canne. Si un bras passait dans le broyeur, il était tranché grâce au coutelas posé à l’entrée ». Le trafic d’esclaves a duré pendant 200 ans en Guadeloupe, entre 1644 et 1848, date de son abolition.

 

Nous disparaissons dans le champ de cannes à sucre. Il faut connaître les lieux car, soudain, Patrice bifurque à droite et écarte les tiges. Le silence se fait naturellement devant cet endroit hors du temps qui est offert : une source d’eau douce, quelques ouassous -crevettes -, et surtout ces roches gravées, des blocs de pierre de plusieurs centimètres de haut aux dessins très figuratifs. Ce sont des pétroglyphes, spectaculaire témoignage du peuplement des Amérindiens au VIe siècle. Patrice Segrétier les asperge d’eau pour faire ressortir la gravure. L’une des roches, à moitié émergée, représente une femme qui accouche. Il faut suivre les traits avec les doigts jusque dans l’eau pour s’en rendre compte.

Pas encore remis de cette intense émotion, nous parcourons les derniers mètres de la randonnée avant que Gustave Parking ne s’exclame : « C’est l’heure de la menthe à l’eau ! ».

 

Fanny Borius

 

  

 

Et aussi : "Un paysage décrypté", "Les coups de coeur de Gustave Parking", un livret détachable de 4 randonnées thématiques en Basse-Terre. 

            

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Fanny - dans Reportages
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commentaires

buckyballs 13/05/2014 14:13

I am glad to see you guys together. I was there in Miami last month but I just saw your latest blog. It's really written in depth analysis and has urged visitors to look forward more on your writing. Cheers!

Al 15/01/2012 13:35

Ca donne envie de repartager un sirop de grenadine avec Gustave en face du Trévise....

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