Mardi 4 octobre 2011
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Enquête sur les médias et l'homosexualité au Cameroun réalisée en février 2006 (et toujours
d'actualités en 2011 alors que les arrestations et procès d'homosexuels présumés connaissent un nouvel élan dans le pays)
« Top 10 » puis « Top 50 », « liste
complémentaire »… Depuis deux mois, la presse camerounaise à scandale tient en haleine ses lecteurs en publiant des listes d’homosexuels présumés parmi le gouvernement mais aussi le milieu
sportif, les artistes. Explications sur place à Yaoundé.
Cette affaire éclate dans un contexte général d’homophobie, prêchée notamment dans le milieu religieux. En effet, c’est l’homélie du 25 décembre 2005 de
l’archevêque de Yaoundé qui met le feu aux poudres. En ce jour de la Nativité, Monseigneur Victor Tonye Bakot déclare : « Je dois vous dire que
l’homosexualité est un complot contre la famille et le mariage. Ne l’acceptons pas chez nous. Ce sont des mœurs contre nature ». Quelques jours plus tard, à l’occasion de la Fête du
Mouton, le cheik Ibrahim Mbombo dénonce, à son tour, l’homosexualité qu’il trouve « avilissant ». Les médias camerounais, indépendants, ont
trouvé un bon moyen de railler le gouvernement puisque c’est en son sein que ces outing forcés sont les plus nombreux. Les journaux s’empressent de publier des listes, sans cesse actualisées, et
surtout sans preuves, d’homosexuels présumés. Aussitôt, le public suit. Pire, il en redemande. Les journaux se vendent trois fois plus cher que leur prix normal : de 300 Francs CFA, ils
passent à 1000. Mais aussi trois fois plus, d’un tirage à 5000 exemplaires, ils passent à 20 000. Un marché noir de photocopies des journaux participe de cette ampleur médiatique sans
précédent. Il ne faut que quelques jours pour que tout le Cameroun soit au courant et commente les listes. Certains sont contre mais ils sont rares. La majorité de la population approuve la
publication de ces listes. Dans son journal du 31 janvier, l’hebdomadaire L’anecdote écrit en Une : « Sur insistance de notre lectorat, nous publions encore la première liste parue dans notre précédente édition ».
Pourquoi un tel succès ?
C’est sur de simples suspicions que ces listes sont faites, aucun de ces journaux ne pouvant prétendre être certains de ce qu’ils avancent. Elles sont le reflet
d’une société qui n’avance plus et qui cherche à en trouver les causes. Cette pratique du « bilinguisme », façon pudique de nommer l’homosexualité, tendance sexuelle illégale au
Cameroun, serait un formidable ascenseur social pour obtenir un poste ou une promotion, gagner un appel d’offres. Dans le jargon local, on appelle cela la « promotion canapé ». Ainsi,
l’idée est fortement répandue aujourd’hui que la réussite n’est pas possible « sans baisser la culotte » explique Roland Tsapi, journaliste
au Messager. Il dit comprendre l’engouement autour de ces listes même s'il ne le soutient pas : « Le peuple se trouve opprimé de toutes parts : hausse du chômage, pauvreté grandissante, mauvaise santé. De l’autre côté, une classe de la société
s’enrichit de manière illicite, ostentatoire et insolente. On se sent trahis. Ce phénomène de délation sonne comme une vengeance pour ces milliers de Camerounais qui vivent dans la
pauvreté. C’est une arme qu’ils utilisent contre les gens véreux, une forme de catharsis». La publication de ces listes est une occasion pour le peuple de se moquer, de se venger. Les
Camerounais se déchargent un temps de leur souffrance et expriment le sentiment de rejet du gouvernement qu’ils ne peuvent exprimer autrement. Pour Roland Tsapi, cette affaire pourrait avoir des
conséquences à long terme. « Elle est le signe prémonitoire de la chute d’un régime qui n’a que trop duré ». Paul Biya est au pouvoir
depuis 1982. La prochaine élection présidentielle a lieu le 9 octobre 2011.
Fanny Borius
La presse camerounaise
dénonce l'homosexualité
Les procès en 2011
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