Dimanche 18 mars 2012
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Patrice Haenen est un Belge de 55 ans. Condamné à la prison à perpétuité en France en 1986 pour le meurtre d'un policier français, il est libéré en décembre 2007 grâce à
la loi Kouchner de 2002 pour "pronostic vital engagé".
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30 septembre 1953 : naît à Seraing (Belgique)
1967: placé en foyer d'accueil
29 juillet 1983 : incarcéré en France après le meurtre d'un policier
26 octobre 1986 : condamné à perpétuité
17 décembre 2007 : libéré
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Ses jours sont comptés, ses mots non. Patrice Haenen est un bavard qui ne se lasse pas de raconter ses exploits entre sa vingtième et sa trentième année puis ses
années de prison dans des dizaines d'établissements en France et enfin sa vie à Bruxelles. Aujourd'hui, ses journées sont rythmées par les visites à l'hôpital pour des problèmes cardiaques et
de diabète non traités en prison, ses réalisations de cartes et d'affiches pour arrondir ses fins de mois et les différents services rendus à autrui pour " compenser tout le mal que j'ai fait ".
Trajectoire d'un braqueur plein aux as, fait prisonnier pendant 25 ans
et qui vit aujourd'hui avec 712 euros d'allocations handicapé par mois.
Bruxelles, 31 décembre 2008 au soir. Bus 71 direction Brouckère à quelques pas de la Grand’Place. Patrice Haenen, allure élégante, vêtu d'un long
imperméable et d'un chapeau panama, est assis côté fenêtre. La conversation s'amorce autour du prix du ticket de bus bruxellois (1.60 euros), aussi cher qu'à Paris. Puis elle dérive sur la
politique de Nicolas Sarkozy. Trop d'expulsions, trop de gardes à vue, trop de bling-bling l'ont convaincu “ tout
récemment ”, dit-il, de rejoindre sa Belgique natale " après 25 ans de travail dans les abbayes
françaises pour développer un système informatique ". Drôle d'idée,
qu'on lui demande de préciser. Il tiendra dix minutes, pas plus. Ensuite, la pudeur et la peur de choquer s’effacent au profit de la vérité : “ ces 25 dernières années, je les ai passées derrière les barreaux, condamné à perpétuité pour le meurtre d’un policier
”. Il ajoute : “ J’ai plaidé non-coupable au procès, c’était
involontaire ”. Terminus Brouckère, tout le monde descend.
La
dérive. La conversation reprend quelques jours plus tard, toujours à Bruxelles, dans un café. Patrice Haenen parle alors à visage découvert.
Ancien braqueur, il est tombé dans la délinquance " par facilité
". Entre 14 et 18 ans, il oscille entre scolarité et petits boulots. En 1973, il part en Allemagne faire son service militaire au cours duquel il
obtient le diplôme de tireur d'élite. Cela n'aidera pas sa défense lors du procès.
De retour à Bruxelles, il travaille dans une chaîne d’hôtels-restaurants-cafés. Les soirées sont souvent animées par des clients à
l'argent facile. C'est là qu'il commence à fréquenter des caïds, " la racaille, je crois que c’est comme ça que vous dîtes ". Du boulot de serveur, il devient chauffeur de braqueurs, " ils entraient dans les banques pour
prendre de l'argent mais sans carnet de chèques ", rigole-t-il. Un jour, aux aguets dans la voiture, il repère des flics," les schtroumpfs ", prêts à intervenir sur le lieu d’un braquage. Il les tient en joue le temps que ses comparses s’emparent du
butin. C’est son premier fait d’armes qui lui assure l’estime de ses partenaires. Il accède au grade de braqueur. Il sera plusieurs fois incarcéré en Belgique, pour des “ petites peines ”. “ La
plus forte ça a été 18 mois dont 12 fermes ”, commente-t-il.
17 juillet 1983. Alors qu’il est en cavale, il se fait prendre en chasse en France à Reims au volant d’une voiture volée. Rattrapé,
il quitte le véhicule un fusil à la main, le coup part, un policier est tué. Lui prend la fuite à pied. Sa cavale durera 10 jours. Placé en garde à vue, il est incarcéré. Encore aujourd’hui,
Patrice Haenen clame son innocence : " Je n’ai pas eu l’intention de le tuer
" puis il ajoute " j'étais un grand délinquant qu’il fallait mettre hors
d’état de nuire ". Une façon de justifier cette vie foutue ?
Sa vie en
prison. Pendant 25 ans, considéré comme dangereux, il change régulièrement de prisons. Les brimades et bastons avec les surveillants ou les détenus
illustrent son quotidien. Diabétique, on ne lui permet pas de se soigner en prison. Il écrit plusieurs fois à la Ligue des droits de l'homme, dit avoir sollicité Robert Badinter, en sa qualité de parlementaire, pour qu'il saisisse
la Commission Nationale de la Déontologie et
de la Sécurité. Trois ans après son incarcération, il tente de s'immoler par le feu et assiste à son procès, quelques semaines plus tard, en chaise roulante. " Je n'ai pas eu une vie juste en prison ", regrette-t-il. " Il y a un état de suspicion permanent ". Et pour cause, les tentatives d'évasions sont
nombreuses. L'une a " failli aboutir ". A la maison d'arrêt de
Châlon-en-Champagne, Patrice Haenen “ le Belge ”,surnom qu’il a gardé encore
aujourd’hui, passe toute la nuit à fondre le plafond avec du sel et du vinaigre chaud. " J’avais aussi fabriqué un burin ". Au-dessus de lui, le grenier. Mais le jour se lève trop tôt, et la supercherie est découverte par
le surveillant. Patrice Haenen se l’est joué Paul Newman dans “Luke la main froide”.
A la trentaine, c’est pourtant à Leonardo di Caprio qu’il dit ressembler, " ou plutôt c’est Leonardo Di Caprio qui me ressemblait ", plaisante-t-il. Ça facilite les échanges avec les caissières quand il vient faire du repérage avant un hold-up.
L’affaire des
braqueurs évadés de Moulins (février 2009), il n’était pas au courant. " Génial
", s’exclame-t-il quand il l’apprend. Moulins c’est une forteresse, c’est très fort d’avoir pu s’en échapper
". " Merde ", ajoute-t-il quand il apprend qu'ils ont été repris. Il a gardé cette fascination du milieu, l'argent facile,
l'adrénaline. " Pour moi, ce sont les derniers aventuriers".
Un gâchis. L'aventure, ce n'est
pourtant pas de cela dont il rêvait enfant. Alors qu'il n'a que 8 ans, son père décède d'un infarctus du
myocarde. Un autre homme prend sa place, avec qui Patrice ne s'entend pas. Sa mère lui assène alors: " Je ne
gâcherai pas ma vie pour mes enfants ". Des mots qui résonnent encore dans la tête de Patrice Haenen, immédiatement placé en
foyer. A l'école, sur son dessin censé représenter ce qu'il veut faire plus tard, il dessine une maison marquée "propriété privée" et une jeune femme à ses
côtés. Mais ce sont vingt-cinq ans d’incarcération qui l'attendent et qui l'ont rapproché de Dieu. Le jour de sa mort, il compte lui demander pourquoi il l'a
fait " tant chier. Mais je sais ce qu'il va me répondre : Tu as eu le choix ".
Fanny Borius
Vous en voulez encore ?
Je cherche un support de publication pour la version longue de la vie de Patrice Haenen (30 000 signes). "L'homme du bus
71" raconte son passé de braqueur, ses années de détention, son combat pour sa dignité en prison et celle de ses co-détenus.