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Qui raconte?


Fanny Borius, journaliste. Diplômée de l'IUT de journalisme de Bordeaux (2005-2007), aujourd'hui IJBA. 

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 14:34
Kamel Kalila

Kamel Kalila

Publié dans Athlétisme Magazine, n°547, Juillet-Août 2013

 

Pendant vingt ans, Kamel Kalila a fumé deux paquets de cigarettes par jour. A 35 ans, maigre, sans appétit, affaibli, il décide de tout jeter à la poubelle et il part courir, pour voir. Histoire d’une renaissance.

 

 

Kamel vient de terminer son entraînement : une sortie d’une heure et demie dans le bois de Vincennes, aux portes de la capitale. Sur ses épaules, le tea-shirt jaune fluo de « finisher » du marathon de Paris 2012. De quoi bien le repérer et se retrouver de temps en temps pour un bout de footing ensemble. Toujours souriant, Kamel, 48 ans aujourd’hui, respire la bonne santé. Quinze ans plus tôt, il n’en menait pourtant pas large.

 

Trentenaire, sa balance indiquait 57 kilos pour 1m75 - il en pèse 11 de plus aujourd’hui. Il se baladait toujours avec une cigarette à la bouche - depuis ses 15 ans - et ne faisait jamais de sport. De retour chez lui le soir après sa journée de travail, il avait souvent du mal à trouver l’appétit. « En fait j’avais faim mais je ne mangeais rien. Je mettais une semaine à guérir de la moindre grippe », se souvient-il. Un matin, fatigué de cet état de léthargie, il part courir aux Buttes-Chaumont, un parc de l’est parisien tout près de chez lui. « Je n’ai même pas réussi à en faire le tour. Là, je me suis dit que c’était grave ! ». C’est le déclic. De retour chez lui, il jette tous ses paquets à la poubelle. On ne l’y reprendra plus. « Quand on est fumeur, on a toujours raison. Je n’écoutais pas ceux qui me disaient d’arrêter ». Dans les jours qui suivent, il retente la sortie au parc. Cette fois, il arrive à boucler le tour, il en fait même deux. Puis trois, quelques jours après. La machine est lancée.

 

 

“Pour ma première course, j’ai couru un marathon !”

 

 

Très vite, Kamel se sent pousser des ailes. Trop vite sans doute puisque, sans préparation, il s’aligne sur son premier marathon seulement quelques mois après avoir chaussé ses premières baskets ! « J’étais inconscient. Je pensais que c’était facile ! Je n’avais pas de dossards, pas de montre, je me suis fondu dans la foule, mal chaussé, pas du tout entraîné. Mais je l’ai fini. Ensuite, je n’ai pas pu courir pendant des mois, je m’étais esquinté les genoux ».

 

De cette période de convalescence, Kamel apprend que courir ne s’improvise pas, même avec toute la volonté du monde. Il commence par s’acheter de bonnes chaussures, un bon équipement et déniche un programme d’entraînements sur Internet. « Au début, je courais tout seul, je ne voulais pas avoir la honte puis j’ai motivé des amis, des collègues ». Depuis lors, il court deux à trois fois par semaine, et participe à une compétition au moins une fois par mois. Ses voisins sont au courant de toutes les courses auxquelles il prend part. Ils l’encouragent, courent avec lui. « Ensemble, on ne parle que de course à pied ! », s’exclame-t-il. A 48 ans, il a déjà plusieurs semi-marathons, marathons – ceux de Paris chaque année - et trails à son actif.

 

 

« Si j’avais su, j’aurais commencé plus tôt »

 

 

Et Kamel ne compte pas s’arrêter, il a même converti quelques-uns de ses collègues, « des anciens fumeurs, comme moi ! ». Chaque mercredi en fin de journée, il quitte son lieu de travail à la Défense et troque son costume pour une paire de running et un short. Il court jusqu’à son domicile à Vincennes, 18 kilomètres plus loin. Depuis deux ans, ses temps ont tendance à augmenter avec l’âge, il est ainsi passé de 3h30 à 3h50 au marathon. « Lorsque je commence une course, je la finis. C’est un challenge entre moi et moi-même. Je n’ai jamais abandonné », tient-il à préciser. Pour tenir mentalement, même dans les moments douloureux, Kamel a ses habitudes : « Je m’enferme dans ma bulle, je pense à mes enfants – Linda 15 ans et Sofiane, 12 ans-, mon passé, ma jeunesse, des choses agréables ». Introspectif, il ajoute : « Si j’avais su, j’aurais commencé à courir plus tôt. Pour l’équilibre que cela m’apporte, la santé. Quand j’ai divorcé, la course a été mon refuge. Sans ça, j’aurais pété un câble ».

 

Son fils court parfois à ses côtés et l’accompagne sur les compétitions. « C’est important pour les enfants de faire du sport. J’aurais aimé qu’on me pousse à courir quand j’étais jeune. J’aurais fait un malheur ! ». Des clubs parisiens l’ont approché plusieurs fois mais Kamel a toujours refusé : « Je cours pour mon plaisir, je n’ai pas envie d’avoir de contraintes », se défend-il. Son seul regret concerne les organisateurs des compétitions. “Aujourd’hui, il faut débourser minimum 20 euros pour participer à une compétition, c’est devenu un business, c’est dommage”. Alors pour allier plaisir et utilité, Kamel choisit ses courses en fonction de leur cause : courir pour la recherche sur le cancer plutôt que pour un équipementier, choisir de s’aligner sur un 10km organisé par un petit club plutôt que par un grand quotidien sportif. L’année dernière, Kamel a même participé à la Parisienne, 6 km de course en plein Paris normalement réservée aux femmes : « J’avais mis une perruque, on a bien rigolé, il y avait de la musique, l’ambiance était super », sourit-il.

 

Son prochain défi, ce sera les 20 km de Paris le 13 octobre prochain. Une façon de poursuivre et d’honorer son nouveau mode de vie adopté il y a 12 ans maintenant, sans avoir jamais retouché à une seule cigarette …

 

 

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Published by Fanny - dans Portraits
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commentaires

Fanny 20/08/2013 11:43

Merci ! et bravo !

Françoise Robin 31/07/2013 12:41

Belle histoire et plaisir de lire un texte fluide... ! Quant à l'arrêt de la cigarette, toutes les raisons sont bonnes pour arrêter ! Pour moi, après 26 ans de tabagie, l'arrêt fût la plus grande expérience de ma vie ! Une joie, une découverte, un chemin vers la liberté !

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