Patrick★, unbéké, travaille au Conseil Général de la Martinique. Il a contribué à une partie des accords signé le 14 mars dernier, notamment ceux
sur les prix. Il a accepté de donner son point de vue sur la situation locale .
- Est-ce qu'il y a un "avant" et un "après" grève générale ?
- Ce qui vient de se passer en Martinique ne va pas entraîner de changement profond. Tout le monde dénonce une vie trop chère, des écarts trop grand entre ceux qui
détiennent les grandes enseignes et les autres qui n'ont que les miettes, mais personne ne donne de solutions à long terme pour s'en sortir.
Pour ma part, je pense qu'il faudrait une autonomie forte. Or ici, ce n'est pas comme en Guadeloupe. Là-bas, les indépendantistes sont au pouvoir. Les syndicats ont un réel poids et un vrai désir
d'insurrection. Mais en Martinique, les syndicats sont beaucoup plus discrets. Ils ont agi ces dernières semaines par effet de mimétisme avec la Guadeloupe. Mais leur mouvement n'a rien changé en
profondeur.
- Qu'est-ce qu'il faut changer ?
- Il faut commencer par militer pour la suppression de la prime de 40% pour les métropolitains qui viennent travailler en Martinique. Cela creuse l'écart entre ceux qui ont de l'argent et ceux
qui en ont beaucoup moins et ça participe du déséquilibre.
- Comment ?
- En créant un système inflationniste fort. Cela renchérit les coûts : la voiture, l'alimentaire..., tout ! Et puis il y a aussi l'envie de ressembler à l'autre. Je vois mon voisin avec un
superbe 4x4 alors je veux le même.
Et puis il faut se rendre compte de l'écart entre le public et le privé.
En métropole, l'écart est de 1,08%. En Martinique, il est de 1,70%. Cela créé une société à deux vitesses. Les personnes survivent grâce aux allocations et au marché parallèle.
- Et le rôle des élus dans tout ça ?
- Rien n'est fait. Il n'y a aucune volonté politique et la droite est inexistante.
Les États Généraux commencent dès le 15 avril en Martinique mais à quoi servent-ils ? Tout a déjà été dit, ce qu'il faut c'est agir.
Les États-Généraux de l'Outre-Mer (EGOM) sont officiellement lancés ce 22 avril 2009 à Paris sans les syndicats. Le LKP en Guadeloupe tout comme le collectif du 5 février en Martinique ont en
effet annoncé au début du mois leur refus de
participer au EGOM.
Nicolas Sarkozy doit se rendre dans les prochaines semaines aux Antilles pour évaluer l'avancée des débats. Le gouvernement a déjà décidé de prolonger ces Etats-Généraux - qui devaient
initialement prendre fin en mai- jusqu'à la fin du mois de juillet 2009.